La peur de la solitude

La solitude est sûrement l’une des choses les plus effrayantes pour nombre de personnes. Pourtant, elle ne devrait pas, bien au contraire.

Solitude et solitude

Une étude de 2003 (Long & Averill), semble démontrer que la solitude peut, bien au contraire, apporter plusieurs bienfaits. Encore faut il faire la différence entre la solitude subie – i.e. être esseulé.e – et la solitude assumée -i.e. être solitaire. En anglais, la nuance est plus évidente car la première s’appelle « loneliness » et la seconde « solitude ».

La solitude subie

C’est justement elle qui donne la mauvaise réputation à la solitude. Elle est souvent le résultat d’un isolement, provenant du rejet par les autres, de problèmes d’intégration, et bien d’autres. Elle n’est pas de notre fait, mais de celui d’autrui, ce qui est terrible car nous pensons ne pas avoir de contrôle sur la situation. C’est d’autant plus culpabilisant que l’assertion (généralement admise par la société) de l’humain en tant qu’être social peut faire passer pour déviant, inadapté ou bien pire. Images qui peuvent être à l’origine d’un terrible cercle vicieux.

La solitude assumée

Qu’on le veuille ou non, certaines personnes acceptent très bien d’être seules ou très peu entourées, c’est le cas des introvertis ou des introvertis-extravertis (dont je fais partie). Que ce soit en permanence ou par période, elles semblent très bien le vivre, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde.

Créativité et idéation

La solitude assumée encourage la créativité, la naissance de nouvelles idées et surtout, la résolution de nos problèmes personnels. Ce qui est normal, dans un sens, notre cerveau n’étant pas stimulé ou saturé par les interactions avec notre entourage et/ou les activités qui vont avec. Il est donc plus disponible pour mobiliser des ressources mentales et créatives. Je me rends compte que les moments ou j’ai eu la plupart de mes meilleures idées étaient des périodes ou j’étais seul (au volant depuis plusieurs heures ou en train de me reposer chez moi).

Repos mental

C’est aussi un moment où notre esprit est en mesure de se régénérer en se concentrant sur ce qu’il y a de plus important : nous même, nos problèmes, nos objectifs de vie etc. Ne pas être perturbé par la présence, même silencieuse, des autres aide beaucoup. Surtout pour des êtres qui sont très sensibles aux perturbations de leur environnement comme les newyw, moi le premier. Le simple fait de savoir que quelqu’un est dans une autre pièce du logement ou je suis ne me permet pas de me concentrer parfaitement.

Relations interpersonnelles

Enfin, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, la solitude permet d’améliorer nos interactions sociales. Ce qui n’est pas si fou, en fait. Prendre le temps de réfléchir, à tête reposée, à nos relations et ce qu’elles nous apportent et/ou nous coutent ou bien aux conflits permet de mieux nous positionner par rapport aux autres.

Pourquoi avons-nous si peur de la solitude?

Très bonne question qui peut être abordée en plusieurs points.

L’image de la société

On nous renvoie systématiquement l’image de l’Humain comme être social. Ne pas avoir d’amis ou de bande à l’école, au collège et/ou au lycée fait passer, au mieux, pour un marginal, au pire pour un loser sans intérêt. Autant dire que le conditionnement comment très très tôt. La célèbre (mais néanmoins destructrice) vanne « Quoi? T’as pas d’amis? » avec le ton condescendant qui l’agrémente, et qui sous-entend qu’on n’est pas assez intéressant pour en avoir, est un excellent résumé de la problématique.

Passé 18ans, le fait de ne pas vouloir tout le temps sortir avec les camarades de cours nous fait passer pour le ou la rabat-joie, celui ou celle qui ne sait pas s’amuser. Bref, à ce tarif là, je ne sais pas si on peut vraiment parler de potes.

Conditionnement

Dès le jardin d’enfants

Comme évoqué plus tôt, il y a le conditionnement sociétal qui commence très tôt. Un jeune enfant qui ne joue pas avec les autres au parc ou qui ne partage pas ses jouets se fait souvent mal voir. Il y a donc la pression des parents, alors qu’un enfant n’en est qu’à quelques années de vie, pour le mêler à la masse. Pourtant, ils pensent en toute sincérité faire ça pour le bien de leur progéniture.

A la TV et au cinéma

Ensuite, il y a toute la culture audiovisuelle qui montre des jeunes en bande, ou alors le mec ou la fille cool de la série TV toujours avec ses potes. Le gars isolé est souvent le geek de base ou le mec pas super intéressant.

Les médias

Lors de massacres comme Columbine (1999) ou Dawson (Montréal – 2006), les médias ont mis l’emphase sur la marginalité des tueurs. Pourtant, Marc Lépine , le tueur de PolyTechniques Montréal (1989) était reconnu par ses voisins comme un gars amical et avenant. On projette donc l’image du tueur en série isolé et solitaire.

Les artistes

On nous montre et vante des artistes de génie et de talent. Souvent, des gens excentriques, exubérants, limite (ou complètement) histrioniques. Dans le milieu, on peut les voir à tous les évènements, riant forts, avec des attitudes et des styles vestimentaires voyantes. D’ailleurs, dès qu’on voit une personnes un peu excentrique ou original, on utilise le terme d’artiste.

Et pourtant, une partie non-négligeable des meilleurs artistes que je connais (personnellement ou en tant qu’admirateur) sont des gens paisibles, effacés. On les passe à la trappe parce que, justement, ils ne se montrent pas vraiment. Ils ont souvent la chance d’avoir de bons agents qui vont s’occuper de rencontrer la Société et la clientèle pour eux. Ils préfèrent se concentrer sur leur activité.

D’ailleurs? Combien de talents immenses sont morts dans l’oeuf et dans l’ombre parce que, justement, ils n’avaient pas la sociabilité nécessaire pour aller vers leur public?

Et si nous avions peur de nous?

Ce qui suit n’est qu’une pure spéculation de ma part et découlant de mon expérience (personnelle et celle d’autres personnes autours de moi). Je pense que lorsqu’on est déprimé, mal dans sa peau ou dans sa vie, voir en complète dépression, la solitude subie nous paraît comme la pire chose. C’est sûr que se sentir entouré et rassurant.

Néanmoins, les moments de solitude, surtout pour les newyw, apportent d’immenses flux de pensées. Pensées qui servent possiblement à essayer de nous apporter des réponses. Mais souvent, je crois que les gens qui vont mal vivent dans une peur immense : celle d’affronter qui ils sont. Il n’y a rien de négatif là dedans, cette crainte est même on ne peut plus légitime. Or, c’est lorsqu’on est seul et que toutes ces pensées déboulent qu’on risque le plus de se retrouver face à nous et nos problèmes et de se décourager devant l’immensité de la tâche à accomplir pour s’en sortir. Dès lors, il est on ne peut plus compréhensible de vouloir fuir la solitude subie et de rechercher le contact des autres. Mais cela reste une fuite.

Apprendre la solitude

Savoir vivre dans une solitude assumée nécessite une certaine forme de confiance en soi, ou, tout simplement de connaissance de soi. Je pense que certains Zèbres/HP sont mal en société, justement parce qu’ils sont d’une nature introvertie ou introvertie/extravertie et que, pour pouvoir être acceptés, ils se forcent à sortir. Sorties qui sont finalement épuisantes, surtout si ils ne sentent pas d’affinités véritables avec leurs « amis ».

 « Nous devons dépasser la peur d’être seul »

Rollo May – Psychologue existentialiste

J’en parle parce que je l’ai vécu. A une époque, je sortais 3 à 5 fois par semaines, avec des bandes de potes ou pour des rencontres en tête-à-tête avec des amis. Cela allait aux vernissages d’expositions, expositions, soirées en tout genre, nightclub, boites, bars etc. Et pourtant, je me sentais toujours seul.

Aujourd’hui, mes amis proches se comptent sur les doigts d’une main. Je ne les vois que très rarement pour certains. Et pourtant, même quand je suis seul en train de travailler chez moi, c’est comme si ils étaient là. Probablement parce que ce sont des newyw « sécures », comme moi. Ce sont des amitiés qui se sont formées et renforcées d’elles-même dans le temps.

Ça a été un long travail qui a justement nécessité de faire face à moi-même, d’accepter que j’allais mal dans ma vie et que j’étais en grande partie responsable de mon malheur car je fuyais le bonheur. J’avais peur de la tâche à accomplir jusqu’au moment ou je n’ai plus eu le choix de m’en occuper. Mais passer d’une solitude subie à une solitude assumée change la vie. Les moments sans les autres ne sont plus des vides qu’on cherche à combler, mais des espaces à occuper. S’entourer de peu de gens de qualité Premium +++ vaut amplement le temps de se construire, car comme je l’écrirai dans un autre article, être bien dans sa vie attire les bonnes personnes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.