La rumination mentale

La rumination est sûrement l’un des pires fléaux mentaux existant selon moi. Je pense que c’est encore pire chez les Zèbres, HP et autre newyw qui sont réputés pour avoir des flux de pensées débordants, voire envahissants.

La pensée

Je ne rentrerai pas dans le débat philosophique (oui, je te vois venir Marie) et sans fin de savoir si c’est le cerveau qui pense ou si c’est l’Humain qui le fait et que le cerveau n’est que l’outil commandé par l’esprit humain.

D’un point de vue neuroscientifique

Concentrons-nous sur les processus de la pensée qui sont, selon des chercheurs de l’université de Berkeley, principalement dirigés et orchestrés par le cortex pré-frontal (oh, bah tiens donc, c’est aussi lui qui gère certains processus des émotions cognitives, le coquin). Les pensées sont en fait plusieurs mécanismes. L’un d’entre eux acquiert et enregistre une ou des informations (son, image, évènement) et l’associe à un ou plusieurs souvenirs. Une autre mécanisme va recombiner ses éléments pour mettre en place des stratégies ou pour anticiper des évènements futurs. Et il y en a d’autre.

Certains de ces mécanismes sont conscients et d’autres inconscients (particulièrement dans notre sommeil). Ceux que nous percevons et dirigeons volontairement sont ce que nous appelons la pensée.

La pensée envahissante

Notre cerveau fonctionne en permanence et nous pensons donc en permanence. D’ailleurs, les rêves s’appuient sur les mêmes fonctionnements que la pensée. La pensée est un processus naturel et constant du cerveau lorsque nous sommes éveillés (pas en train de dormir, je précise). Et n’en déplaise à plusieurs newyw, tous les humains pensent en permanence, surdoués ou non.

Alors pourquoi les pensées semblent plus présentes envahissantes chez une partie des newyw? La réponse semble très simple, une forme de déficit de l’inhibition latente (DIL) de la pensée. En clair, le cerveau est doté de filtres actifs qui rejettent certaines pensées inconscientes pour qu’elles ne débordent pas sur notre esprit conscient (Dillon & Pizzagali 2008). Ces inhibitions semblent être la clé du succès dans les comportements et interactions sociales. On peut donc supposer (c’est purement hypothétique) que comme pour le DIL, un déficit de ces filtres inhibiteurs puisse engendrer un flux continu. Ce qui serait le cas de plusieurs HP et Zèbres. Par contre, et je préfère être très clair la dessus, ce déficit est clairement identifié dans certaines pathologies mentales. C’est ce qui se produit chez les bipolaires en phases « up » ‘(manies ou hypomanies). Donc même des non-surdoués peuvent présenter cette caractéristique.

La rumination

La rumination est un effet de bord pervers de ces pensées florissantes et abondantes. En effet, elle se produit dans certaines conditions telles qu’un état émotionnel intense (colère suite à un conflit, deuil) ou un trouble mental (dépression). Dès lors, la personne ne va se concentrer que sur les pensées négatives et son esprit conscient va commencer à tourner à fond et dans le vide.

Cas de figure typique : la dispute

A l’origine, la rumination part souvent d’une démarche de résolution de problème. Prenons l’exemple d’une dispute avec un.e collègue. Dans les premiers instants, la colère a besoin d’être évacuée. Les réflexions déboulent en cascade et de manière totalement décousue (ce qui est le propre des émotions). Le cerveau cherche à rétablir un équilibre psychique et biochimique.

Néanmoins, si on ne prend pas la peine de se défocaliser de cette colère (en se changeant les idées par exemple), cette colère va s’installer sous forme de sentiments. D’un coté, le cerveau inconscient va tenter de mettre en place des stratégies en suggérant des idées constructives et d’autres beaucoup moins. Cependant, l’esprit conscient va tellement être pris dans la fulmination qu’il va rejeter ces pensées constructives pour garder les mauvaises pensées. Pourquoi? Je pense que la colère est une drogue en plus d’être un bon supercarburant. Néanmoins, pas sur le long terme car le moteur que nous sommes n’est apparemment pas conçu pour encaisser de telles décharges d’énergie interne. Il faut aussi prendre en compte la culture de la compétition. Notre égo veut reprendre le dessus et clouer le bec à ce ou cette collègue. Les raisons sont multiples et je pense que c’est du cas par cas.

Conséquences

Une récente étude britannique sur une quantité pléthorique de sujets à démontré que rester trop longtemps bloqué sur ces problèmes causait un stress énorme et menait très souvent à la dépression.

Je vais être sincère: dix ans en Amérique du Nord m’ont appris que les français (dont je suis) sont des gens particulièrement colériques, impulsifs et qui veulent tout le temps avoir raison en plus d’avoir un avis sur tout. De plus, nous sommes l’un des plus grand consommateurs de psychotropes per capita en Union Européenne (après l’Islande et le Portugal). Peut-être que cet aspect colérique et nos cultures du conflit (nous appelons cela débattre, mais soyons honnêtes, ce n’est ni plus ni moins que du conflit poli) et de l’excellence sont en partie responsable de cette consommation importante.

Pistes de solution

La rumination est un mécanisme naturel. Parfois, elle fait partie d’un deuil (phases de négociation et de colère). Vouloir la supprimer, la rejeter ou la fuir est ce qu’il y a de pire à faire. Par contre, il existe quelques stratégies a explorer. Certaines marchent très bien pour moi, d’autre non mais ont fonctionné pour d’autre dans mon entourage. Comme je le dis souvent : il n’y a pas de recette miracle, c’est à chacun de développer la sienne.

Ne pas laisser les émotions s’installer

Les émotions sont ponctuelles et intenses. Elles finissent (en tout cas normalement), toujours par retomber. Identifier des émotions qui peuvent dégénérer par la suite comme la peur, la colère, la tristesse, le dégoût (et même la joie dans certains cas) et ensuite mettre en place des stratégies pour accélérer leur descente est souvent gagnant. On peut, par exemple, aller faire du sport (les endorphines produites sont de merveilleux anti-stress), se changer les idées en allant au cinéma ou en lisant, voir des amis (à condition que ce soit pour parler d’autre chose que de la situation) ou encore méditer. Le fait d’accompagner son émotion et de l’accepter est la meilleure solution que je connaisse pour ne pas laisser des sentiments négatifs (amertume, ressenti, colère, frustration, vengeance etc.) s’installer durablement.

Accepter et accompagner la phase de rumination

Comme je l’ai dit, la rumination fait partie de nous, vouloir la fuir est la pire chose à faire. C’est comme les problèmes, ils courent beaucoup plus vite que vous et finiront toujours par vous rattraper. Des fois, ils arriveront même avant vous à votre point d’arrivée.

Il me semble important d’accepter qu’on puisse ruminer, quoiqu’on en pense les autres. Et il existe différentes façon de l’accompagner, en écrivant ce que l’on pense et ce que l’on ressent, puis en se relisant quelques heures après, par exemple. Ou en essayant (exercice qui nécessite de l’entrainement) de remonter le fil de ses pensées.

Savoir arrêter avant que ça ne cause du tort

Comme je l’ai écris plus tôt, la rumination est souvent coïncidente avec une démarche de résolution de problème. En effet, le cerveau doit explorer tous les cas de figures possibles (bons ou mauvais, je crois bien qu’il ne fait pas la différence) et les proposer à notre conscience. Repousser les mauvaises pensées ne fera que les faire revenir plus tard.

Ce que je fais, c’est que je laisse les pensées arriver et je les écoute. Je trie le bon et le mauvais. Par contre, dès qu’elles deviennent envahissantes ou trop négatives, j’arrête tout et je reviens plus tard. Cela me permet de fragmenter la résolution de problème tout en accompagnant ma rumination pour qu’elle fasse son chemin.

Eviter de trop s’épancher

Ruminer en boucle devant les autres est peut-être une bonne façon de se suicider socialement. Ruminer en continu a mauvaise presse et projette une image négative de soi. Cela me parait une bonne chose que de parler de ses problèmes à des gens de confiance. Mais toujours revenir avec les mêmes est sûrement la meilleure façon de faire fuir ses amis, même les plus ouverts.

Pour conclure

La rumination n’est pas quelque chose de négatif en soi, il faut juste prendre le temps de l’observer pour qu’elle n’ait pas d’effets pervers sur nous et notre relation au monde. Il ne faut pour autant la justifier par son coté inévitable

2 Comments

  1. Demeter
    8 mai 2019

    Je partage l’article, je partage l’analyse.
    Le voir et l’expliquer chez d’autres et leur proposer LA solution est assez simple…
    Quand il s’agit de soi c’est plus complexe, ça demande de grosses énergies à monopoliser, certaines barrières à franchir pas toujours faciles.

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    1. newywadmin
      8 mai 2019

      Bonjour et merci pour votre commentaire,
      Ce que je partage sur ce blog est le résultat de, ou est lié à, mon expérience personnelle. Je connais bien la rumination pour y avoir passé des heures par jour pendant des années. Bien sur que ce n’est pas facile pour tout le monde, et je le respecte. Mais comme tout travail difficile, plus tôt on s’y met, plus on a le temps et surtout de chances pour y arriver. Que ce soit une thérapie ou un travail personnel, il y très souvent des barrières à faire tomber. Maintenant, à vous de voir si l’énergie requise pour faire celà vaut la peine ou non d’aller mieux pour les 10,20 ou 30 prochaines années de votre vie.
      Amicalement.

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