Le quotient émotionnel

Autant le dire, le sujet du Quotient Emotionnel (QE) est très sensible pour moi. C’est en effet un concept qui a fait l’objet de certaines dérives et c’est bien dommage.

Qu’est ce que le QE?

En fait, on devrait plutot dire QIE pour Quotient d’Intelligence Emotionnelle, mais QE semble avoir pris le dessus. En fonction des modèles évoqués dans le paragraphe suivant, le QE est une quantification psychométrique de l’intelligence émotionnelle telle que définie par Salovey et Mayer en 1990 et reprise par Goleman en 1995. Ce que l’on mesure par le QE est l’habilité à identifier et comprendre ses propres émotions et celles d’autrui ainsi que « la capacité à résoudre des problèmes à caractère émotionnel ou des problèmes qui demandent, pour être résolus, le recours aux émotions. »

QE vs QI

En clair, le QE n’a rien à voir avec le QI (quotient intellectuel) même si ils sont complémentaires l’un de l’autre. En effet, le QI est reconnu par plusieurs académiciens comme étant un bon outil de prédiction de la réussite scolaire et académique (je sais, ça fait deux fois académique dans la même phrase, gna gna gna gna). Néanmoins, comme le savent la plupart des newyw, haut QI ne signifie pas forcément une grande réussite sociale, voire professionnelle, bien au contraire. Or, le fait d’avoir un QE élevé permet justement de compenser cette lacune via une intelligence sociale et interpersonnelle efficace ce qui optimise le haut QI.

Se faire tester

Même si il existe des tests en ligne (j’en avais trouvé un plutôt sérieux). Il est évident que comme pour la WAIS, un véritable test devra être effectué avec un.e spécialiste compétent.e. Enfin, il est important de noter que l’intelligence émotionnelle se travaille et se développe. Il est donc possible d’augmenter dramatique son QE (ce qui n’est pas tout à fait faisable avec le QI).

L’histoire des tests de QE

Le quotient émotionnel a été évoqué pour la première fois par le psychologue israélien Reuven Bar-On en 1982. Bar-On est apparemment le premier à avoir établi un modèle d’évaluation psychométrique de compétences sociales et émotionnelles qui est devenu l’actuel Bar-On EQi™. Ces mêmes compétences sociales et émotionnelles qui seront intégrées plus tard dans le concept globale d’intelligence émotionnelle. C’est apparement le plus utilisé dans le monde, mais j’ai cru comprendre que cette assertion était contestée.

Vient ensuite Daniel Goleman, en 1995 avec son propre modèle de QE évoqué dans l’intelligence émotionnelle.

Enfin, même si ce sont les pionniers de l’IE moderne, Peter Salovey et John D. Mayer, rejoints par David Caruso de Yale, on mis en place en 1997 le MSCEIT pour Mayer, Salovey and Caruso Emotional Intelligence Test.

D’après mes quelques recherches, ce sont les trois modèles d’IE reconnus dans le monde de la psychologie pour évaluer le quotient émotionnel.

Que mesure-t-on?

L’inventaire EQi™ de Bar-On

Le EQi™ est composé de 5 items qui sont divisés, chacun, en 3 sous-dimensions qui sont résumés dans le diagramme ci-dessous.

Vous pouvez vous rendre sur le site Performance Consultants France pour plus de détails sur les items et sous-dimensions. Le QE est évalué sur 135 points avec une normale à 100, je n’ai pas pu trouver l’écart-type , par contre.

Le MSCEIT

La grille d’évaluation du MSCEIT est très différente du EQi™ .

Sources : Researchgate.net

Désolé pour les caractères manquants dans le diagramme, mais c’est le seul que j’ai trouvé en français.

Le MSCEIT est réparti sur deux domaine principaux :

  • L’IE expérientielle qui est la capacité a identifier les émotions et les utiliser pour élaborer sa pensée.
  • L’IE stratégique qui regroupe les capacité de réfléchir à ses émotions ainsi que de les gérer et les utiliser dans les relations intra et interpersonnelles.

L’évaluation se fait via 8 tâches (la dernière colonne du diagramme).

Il est néanmoins aussi évalué sur 135 points avec une normale à 100.

  • Moins de 70 : IE très faible
  • de 70 à 90 : IE faible
  • de 90 à 110 points : IE normale
  • de 110 à 130 : IE élevée
  • plus de 130 : IE très élevée

Goleman

J’ai trouvé plusieurs tests en ligne qui font références à Goleman, mais rien qui concerne sa grille d’évaluation (qui est probablement très similaire à celle de Bar-On). Je complèterai ce paragraphe une fois que j’aurai plus d’informations.

Les dérives du QE

La presse grand public et le web

Comme pour le QI, on commence à trouver un tas de tests en ligne plus ou moins sérieux. Je pense à un article sur le site d’un magazine féminin renommé qui évoque Goleman et donne des liens vers de tests…. d’émotivité et qui sont loin de ce que pourrait être un test de QE digne de ce nom. Mais bon, ce n’est pas comme si cela ne s’était jamais fait pour d’autres choses.

Le Haut Potentiel Emotionnel

Hélas pour moi, la loi sur l’injure et la diffamation m’interdisent de lâcher toute la colère (assumée) que j’éprouve face à ce concept. Pour la faire courte (et pour ne pas trop faire de pub), une personne, que je ne nommerai pas, a jugé intéressant de séparer les hauts potentiels (même pas tous les newyw) en deux classes : les hauts potentiels intellectuels et les haut potentiels émotionnels (HPI et HPE).

OK, jusque là why not. Genre, on ne nous affligeait pas d’assez de cases et il fallait en rajouter par dessus. Mais voilà, quand on lit et entend certains extraits de la description du HPE (par la personne en question), telles que :

  • « il/elle est très dans l’émotion »,
  • « elle ne s’exprime qu’avec ses émotions »,
  • « les émotions ne se gèrent pas, mais doivent se poser sur un support de créativité. »
  • « Si vous refusez, si vous maitrisez votre émotions, elle va vous créer de l’intérieur d’énormes angoisses »
  • Et bien d’autres.

Bref, on s’entend que ça ne colle pas super avec l’IE. Il faut aussi prendre en compte le soucis de l’échantillon : cette personne est une thérapeute qui fonde sa « thèse » (car je n’en ai trouvé aucune trace de dépôt ou de soutenance dans les bases de thèses) sur ses propres observations. Donc, la plupart de ces observations le sont certainement sur ses patients/clients qui vont probablement mal. Hélas, tous les HP ne vont peut-être pas mal dans leur vie. Sans compter qu’il est envisageable que les HPE pourraient justement apprendre à utiliser l’IE pour faire de leurs émotions des outils de créativité encore plus merveilleux tout étant bien dans leur vie. Mais bon, la définition du HPE semble surtout être un moyen d’entretenir les gens dans leur malheur en leur disant un truc du genre « tu vas mal, mais c’est normal, c’est parce que tu surdoué.e, alors finalement tout va bien. » Est-ce que j’exagère? J’aimerais vraiment…

La dérive sur le QE ne vient pas de cette personne en soi, mais d’autres qui ont repris l’idée et ce sont apparemment permis quelques libertés académiques (ok, j’en fait, mais j’ai le mérite de prévenir quand j’ai fait. Nan mais oh!). Pour la faire courte (encore une fois) : « Vu que les HPI ont le QI, les HPE doivent avoir leur QE et ils/elles vont cartonner au test. » Certes…. mais non… parce que vu les différentes définitions trouvées à droite à gauche de l’approche émotionnelle des HPE (je vous laisse faire vos propres recherches), nous sommes en parfaite opposition avec le concept d’intelligence émotionnelle. Il est aussi clair que leur QE doit être très bas. Je suis désolé d’être aussi salaud là-dessus, mais l’intelligence émotionnelle et le QE ne correspondent pas à des émotions débordantes, mais, justement, à empêcher ces émotions de devenir débordante en les utilisant à bon escient pour son propre bien et celui de son entourage. Bref, et voilà comment on se retrouve avec des test de QE sur le net qui n’ont rien à voir avec l’IE.

Ce que je trouve dramatique dans cette situation, c’est qu’il y a désormais un tel flou autours de l’IE et du QE qu’on nage en pleine confusion (en tout cas, dans l’univers de newyw d’internet). Cela me parait d’autant plus grave que la description touche des gens qui souffrent, sont en détresse émotionnelle et/ou manquent de confiance en eux et qu’on essaye de ratisser large pour leur vendre des thérapies et des conférences pour aller mieux. C’est d’autant plus dramatique quand on sait qu’il existe des formations professionnelles de 2 à 4 jours en intelligence émotionnelle (des amis et des connaissance se les sont vu offrir par leurs employeurs dans le cadre du développement de leur carrière).

Conclusion

Il faut donc être très prudent lorsqu’on entend et qu’on parle de quotient émotionnel. Il s’agit, à l’origine, d’une mesure validée académiquement et très employée dans le management, le développement professionnel et le développement personnel. Il est basé sur les études et protocoles de chercheurs en psychologie des émotions et du comportement comme Bar-On, Caruso, Salovey et Mayer. Il permet d’évaluer votre capacité à identifier et utiliser vos émotions pour résoudre des problématiques. On parle d’une utilisation du cerveau et de l’esprit.

Néanmoins, le terme d’émotion ayant souvent une connotation poétique et sentimentale, on lui attribue un fonctionnement venant du coeur. Dans un contexte social ou toute chose doit avoir son contraire, il est facile d’opposer le QI du cerveau au QE du coeur. Ce qui encourage un grand biais cognitif général et populaire. En effet, les émotions sont l’une des bases du fonctionnement de notre cerveau, et QE et QI vont de pair et ne sont pas en opposition. Et j’avoue que je suis profondément triste de voir des gens qui, sciemment ou non, détournent un concept qui permet d’accéder au bien-être pour justifier et maintenir les autres dans leur malheur.

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