L’effet « morphine »

En observant des Victimes du triangle de Karpman, ou tout simplement des gens qui se plaignent régulièrement, j’ai observé un comportement qui revenait régulièrement. Je l’ai appelé l’effet « morphine » en référence à l’effet addictif de l’opiacé. Il est très probable que ce comportement soit déja identifié sous un autre nom en psychologie

Ces gens qui vont toujours mal

On ne peut pas minimiser ou négliger la souffrance des gens. Néanmoins, il ne faut pas que ce soit un prétexte pour se laisser envahir par celle-ci. Or, et je pense que nombre de lecteurs en ont au moins un dans leur entourage. Il y a toujours quelqu’un qui va toujours mal et qui est toujours en train de se plaindre ou de faire part de sa douleur. On a beau vouloir l’aider, on finit rapidement (ou pas) par se rendre compte que quoiqu’on fasse, les problèmes ne se résolvent pas et que la douleur reste.

Des Victimes

J’utilise le V majuscule pour évoquer les Victimes évoquées par Karpman dans son triangle dramatique. La victime est une personne qui va se trouver un Bourreau qui peut être soit une personne physique, une problématique récurrente (addiction), ou une situation (conflit). Le but est d’attirer l’attention sur lui ou elle afin d’attirer des Sauveur pour l’aider… mais pas vraiment.

Un puit sans fond

« Comment se fait-il que malgré les Sauveurs, elle ne s’en sortent pas? » me demanderez-vous. Tout simplement parce qu’elles ne veulent pas être sauvées pour la plupart d’entre elles. Le pire, c’est que parfois, c’est un mécanisme ancré depuis tellement longtemps que c’est complètement involontaire de leur part. Plus les Sauveurs (sincères ou non) s’investiront, plus la Victime sera confortée dans sa position . Soit elle fuira les solutions, soit elle trouvera d’autres problèmes, ou comme dirait si bien un ami « elles trouveront toujours un problème à tes solutions. »

L’effet « morphine »

Mais pourquoi agissent-ils/elles ainsi? Et bien car c’est leur drogue. Supposons que vous avez un accident grave et que votre jambe est grièvement blessée. Vous êtes à l’hôpital et vous souffrez, alors on vous donne de la morphine pour soulager la douleur. Ça marche du tonnerre de Dieu. Néanmoins pour guérir votre jambe, la morphine ne suffira pas et il faudrait faire de la rééducation. Néanmoins, la rééducation va être longue, pénible, douloureuse et il faudra surement arrêter les opiacés à un moment.

C’est là où certains, par manque de force, de courage, par facilité ou toute autre raison que l’on accepte ou pas, préfèrent tomber dans la facilité de continuer la médication, quitte à se procurer, à la fin des soins, des opiacés comme de l’oxycodone, hydrocodone, Vicodin et autres médicaments à la réputation sulfureuse. Ce choix présente deux problèmes majeurs : Premièrement, la jambe ne guérira pas et il faudra continuer indéfiniment le traitement. Deuxièmement, ce sont des médicaments puissamment addictifs et l’accoutumance s’installe rapidement. Il faut donc, à un moment, augmenter les doses pour obtenir le même soulagement, ce qui ne peut être fait indéfiniment. Sans compter que les opiacés vont irrémédiablement détruire la santé de la personne. Pour faire simple: on ne résout pas le problème initial et on en créé d’autres.

Explication

La Victime, ou la personne qui se plaint, a certainement vécu un accident qui provoque une douleur réelle. Cet accident est plus ou moins grave, mais là n’est pas la question. Si il y souffrance et détresse, le plus grand nombre sera amené à vouloir les soulager. Or, l’une des « morphines » les plus puissantes pour soulager la douleur de l’âme est très certainement l’attention d’autrui. Il faudrait que je me replonge dans certains livres, mais les interactions humaines provoquent des pics hormonaux (ocytocine etc.) qui créent une sensation de bien être. A ce tarif (presque gratuit en temps et en énergie), pourquoi travailler sur soit, suivre des thérapies et se remettre en question pour aller mieux? On a juste à appeler à l’aide, et des gens accourent.

Certes, mais comme la morphine, arrive un moment ou l’attention des autres ne suffit plus. Alors on doit augmenter la dose. Pour cela, les moyens sont multiples : se créer des problèmes, solliciter plus de monde etc… Oui, mais il s’avère qu’à un moment, les aidants se découragent et décident d’aller s’occuper d’autres chose. Dans le meilleurs des cas, la Victime finit par trouver d’autres personnes (et cela peut continuer longtemps, les Sauveurs étant parfois eux même des Victimes, ils sont plus nombreux qu’on ne pourrait le croire) et continue donc son cercle vicieux à l’infini. Dans le pire des cas, elle se retrouve seule et isolée avec les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer. Avec un peu de chance, elle pourra retenir la leçon et commencer la rééducation de sa jambe.

Que faire face à ces « junkies » de l’attention?

OK, le terme n’est pas sympa, mais une addiction reste une addiction. Et l’addiction des autres n’est pas facile à soigner (il n’y a probablement qu’à la TV et au cinéma que cela fonctionne). Vouloir les aider risque de vous entrainer dans une spirale infernale.

  1. A moins d’être en parfait contrôle de vos limites et de vos capacités, le mieux est d’apprendre à les identifier rapidement.
  2. Eventuellement, vous pouvez leur donner leur chance en les aidant un temps que vous aurez établi d’avance, mais pas au delà.
  3. Si les choses se gâtent, il vaut mieux se retirer. Pas n’importe comment, je pense qu’un peu de CNV peut-être utile pour expliquer à l’autre les raisons du départ. J’ai tendance à sincèrement dire les choses ainsi : « Il est évident que tu souffres, mais je ne suis pas en mesure de t’aider sans me causer du tort à moi-même. Je pense que tu devrais essayer telle et telle piste pour aller mieux. J’espère que tu vas t’en sortir. »

Certes, cela peut paraître égoïste comme attitude, mais l’altruisme ne consiste pas à se sacrifier pour les autres (sauf quelques rares exceptions, comme ses propres enfants , par exemple). Il faut, malgré tout, savoir rester bienveillant et donc respecter ses limites. L’agressivité d’une Victime peut, par exemple, être un signal d’alarme prévenant de rester éloigné.

Il me semble aussi important de comprendre qu’un addiction , que ce soit à la drogue, au sport, ou à l’attention humaine, sont très difficiles à prendre en charge. Souvent, cela nécessite l’intervention de professionnels ou un grave accident de vie pour les soigner. Donc se retrouver face à une personne sous effet « morphine » implique un minimum de prudence.

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