L’empathie

Si il y a bien un terme qui peut être sujet à interprétation, tout comme l’intelligence, ou l’émotion, c’est bien l’empathie. C’est une caractéristique qui revient souvent dans les écrits sur les nywew, mais elle n’est pas non plus leur apanage. Dans le cadre de ce blog, je préfère prendre le temps de définir ce que j’entends par empathie afin d’éviter des malentendus et autres incompréhensions de mes écrits.

Définitions

Le pluriel est volontaire car il en existe plusieurs en fonction du contexte. Que ce soit en psychologie, en philosophie, dans le dictionnaire etc, l’empathie revêt différentes définitions plus ou moins voisines. Je préfère aborder l’aspect en psychologie, ce qui est plus pertinent dans le cas des newyw en quête d’eux-mêmes. La définition la plus communément acceptée est la suivante :

« L’empathie est la capacité de se mettre à la place des autres. »

Wikipédia

Certes, c’est un peu sommaire. Cela semble clair et précis, mais ce n’est pas forcément le cas. En effet, à quel degré peut-on se mettre à la place des autres? Est-ce dire « ouh, ça doit faire mal… » ou alors ressentir physiquement la douleur de l’autre de manière somatique? En fait, la réponse est beaucoup plus compliquée car il existe deux formes d’empathie identifiées en neurosciences. J’aborderai donc le sujet via des sources nord-américaines et anglo-saxonnes avec lesquelles je suis plus familier et que je trouve surtout plus établies et claires. Il est donc possible qu’il y ait des contradictions culturelles et scientifiques avec ce qui se dit en France, mais c’est un choix assumé.

Empathie émotionnelle (EE)

« L’empathie émotionnelle fait référence aux sensations et sentiments que nous ressentons en réponse aux émotions d’autrui; cela peut inclure l’effet miroir de ce qu’une autre personne ressent, ou simplement se sentir stressé quand on détecte la peur ou l’anxiété des autres. »

Great Good Science Center of Berkeley University

L’empathie émotionnelle est avant tout une question de ressenti (processus émotionnel). Il est important de noter que ressentir les émotions des autres sans en faire la distinction n’est pas de l’empathie émotionnelle, mais de la contagion émotionnelle. Ceci implique que ce que ressentent les autres déclenche nos propres émotions.

Du point de vue neuroscientifique

Des chercheurs on démontré que des lésions ou des déficits de l’amygdale et de l’insula du cerveaux semblent engendrer une incapacité à faire preuve d’EE (Hurleman (…) 2010 & Shamay-Tsoory (…) 2009 ), sans pour autant affecter sa soeur qu’est l’empathie cognitive (chapitre suivant). Ceci démontre l’implication de ces parties du cerveau dans le fonctionnement de l’empathie émotionnelle. On peut noter que ces parties interviennent en partie dans le circuit court des émotions.

Empathie cognitive (EC)

« L’empathie cognitive […] fait référence à notre capacité d’identifier et comprendre les émotions d’autrui. »

Great Good Science Center of Berkeley University

Ma psychologue ainsi qu’un criminologue, lorsque je vivais en Amérique du Nord, m’ont tous les deux donné cette définition de l’empathie. L’empathie cognitive s’articule principalement autours de la compréhension (processus mental) des émotions et sentiments des autres.

Encore du point de vue des neuroscientifiques

Une étude qui compare l’EE et l’EC démontre que cette première peut-être affectée par des lésions sur la face médiale du cortex pré-frontal ( Shamay-Tsoory (…) 2009 ). Cette affection se fait sans diminuer l’EE. On note que le cortex-préfrontal, qui est le siège des prises de décisions, est aussi le maître d’oeuvre des émotions cognitives (ou circuit long des émotions).

Pathologies associées aux déficits d’empathie

L’intérêt de noter ces deux fonctionnements dissociés (EE et EC) concerne certaines pathologies mentales ou neurologiques. Par exemple, les psychopathes, narcissiques et schizophrènes semblent présenter une empathie émotionnelle lacunaire voire inexistante tout en ayant une empathie cognitive fonctionnelle. Inversement, beaucoup d’autistes, bipolaires et borderlines ont des problèmes d’empathie cognitive sans que leur empathie émotionnelle soit touchée (Cox, Uddin, Di Martino (…) 2012 ). Par contre, je précise qu’il ne faut pas faire le raccourci entre les lésions des paragraphes précédent et les pathologies de ce paragraphe. Ce sont des études distinctes.

Ne pas confondre empathie avec …

Contagion émotionnelle

Une personne éprouve le même état affectif qu’une autre sans conserver la distance entre soi et autrui. Le fou rire est un exemple de contagion émotionnelle

Julie Grèzes – INSERM et ENS Paris

Une erreur courante est la confusion entre l’empathie (émotionnelle en particulier) et la contagion émotionnelle. Cette dernière implique de percevoir les émotions d’une manière que l’on pourrait qualifier de « fusionnelle », comme si on vivait ce qu’elle vit. Cela implique de se faire envahir par ce qui vit l’autre.

Compassion

« La compassion est un sentiment par lequel un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d’autrui, et poussé à y remédier, par amour ou morale. »

Wikipedia

Nous quittons donc le domaine de la capacité pour entrer dans celui des sentiments, ce qui sont des fonctionnements différents. De plus, l’empathie concerne toutes les émotions alors que la compassion se limite au registre de la souffrance.

Sympathie

« Réaction ou motivation émotionnelle qui conduit à des comportements prosociaux, altruistes

Julie Grèzes – INSERM et ENS Paris

Empathie et sympathie sont très proches, d’où la confusion très fréquente. C’est mon ancienne psychologue qui a du passer énormément de temps pour me faire comprendre la différence entre les deux. L’empathie est un mode de ressenti et/ou compréhension des émotions et sentiments de l’autre alors que la sympathie est plus un mode de motivation et d’action. Ce mode induit souvent une implication personnelle qui peut se décliner dans le besoin de participer au bien-être de l’autre. En fait, la sympathie est souvent consécutive à l’empathie.

L’empathie chez les humains

Contrairement à ce que certains mouvements de pensée, sites internet, blog et autres cherchent à véhiculer, l’empathie n’est pas un super pouvoir de divination ou extra-sensoriel. Sauf cas exceptionnel, l’empathie est innée chez les humains. Les enfants en ont des manifestations très jeunes. Elle est apparemment aussi observée chez certains animaux.

Une partie des newyw semble être dotée d’une empathie superlative, voire exagérée. On peut l’attribuer à la capacité de percevoir beaucoup plus de signaux et stimuli de l’environnement. Statistiquement parlant, plus on perçoit les émotions des autres, plus on a de chance d’y réagir.

Ma vision des choses

Nous sommes tous capables d’empathie émotionnelle et cognitive, et ce, dans des proportions variables et propres à chacun. C’est ensuite à chacun de savoir si ces proportions lui conviennent et si il faut, ou non, les modifier pour se sentir mieux. Chacune des deux à ses avantages et ses inconvénients.

Mon cas personnel

Il faut savoir que je suis bipolaire de type II en plus d’être surdoué. Hasard ou pas, lors de ma prise en charge il y a dix ans, je répondais au profil établi dans l’étude de Cox et son équipe, à savoir une EE exacerbée et une EC déficiente (mais pas absente). Le simple fait de prendre un traitement adapté a régulé partiellement mon EE , et prenant conscience de ce qu’elle était, j’ai pris le temps de limiter ma contagion émotionnelle qui alourdissait le tableau . J’ai pu, ensuite, favoriser mon empathie cognitive. Cela peut paraître un peu froid et robotique comme approche. Néanmoins, mon esprit fonctionne mieux en mode compréhension qu’en mode ressenti. Cela me permet de percevoir beaucoup plus de choses et de choisir celles sur lesquelles je dois focaliser mes émotions et mes ressentis. Ensuite, c’est une question d’équilibre entre les deux que chacun doit trouver.

C’est un long travail, que j’ai effectué. L’avantage de l’empathie, c’est qu’à moins d’avoir de graves lésions au cerveau ou des déficiences congénitales, on peut la développer et la travailler et donc la modeler selon nos désirs.

L’empathie s’apprend

La majorité des êtres humains sont dotés d’empathie. Encore faut-il la reconnaître et comprendre comment elle fonctionne chez chacun d’entre nous. Elle est enseignée à l’école primaire en Norvège et au Danemark. Je connais quelques enseignantes françaises de maternelle qui commencent à s’y intéresser pour l’inclure dans leur programme pédagogique. Je pense d’ailleurs que les problèmes de sympathie exagérée et de contagion émotionnelle que l’on peut retrouver chez les newyw (et ailleurs) sont justement la conséquence de cette lacune d’éducation. Et c’est loin d’être la seule, vous le lirez dans de futurs articles. Imaginez qu’on vous offre une boîte à outils dès la naissance. Si personne ne vous explique comment utiliser un marteau ou une tenaille russe, cela peut être compliqué et dangereux de vouloir vous en servir. Après, vous pouvez apprendre par vous même et, avec un peu de chance, réussir à faire des miracles avec. Cependant, il y a de fortes chances que leur usage reste maladroit et pas toujours efficace.

L’apprentissage de l’empathie commence par l’identification et la compréhension de nos émotions. On en revient, encore une fois, à des notions d’intelligence émotionnelle. D’ailleurs, j’aime beaucoup ce que Goleman a écrit à ce sujet : « L’empathie repose sur la conscience de soi; plus nous sommes sensibles à nos propres émotions, mieux nous réussissons à déchiffrer celle des autres. » Cela a du sens. Si on sait ce que provoque en nous telle ou telle situation, on peut anticiper qu’elle peut provoquer quelque chose d’équivalent chez l’autre. De surcroît, si on voit que ce n’est pas le cas, on peut tenter de comprendre pourquoi la personne ne réagit pas ainsi et donc enrichir notre propre expérience empathique et émotionnelle.

Toutes les émotions et sentiments

En effet, l’empathie s’applique à toutes les émotions et sentiments contrairement à la compassion qui se limite à la tristesse et la souffrance. C’est pourtant l’idée que semblent en avoir beaucoup de gens qui vivent l’empathie émotionnelle comme une malédiction. Or non, c’est un fonctionnement de notre esprit et notre cerveau, et il est important de le comprendre pour bien vivre avec.

De l’exacerbation du négatif …

Je pense surtout que nous vivons à une époque ou on se focalise sur la douleur, le mal et le négatif. Peut-être n’avons nous pas une éducation qui nous apprend à voir l’autre coté du miroir comme cela peut se voir dans certaines cultures africaines. Je me permets d’être convaincu que si les gens souffrent de leurs empathies, c’est parce qu’ils limitent leurs liens avec leur souffrance et pas leurs joies. En effet, pourquoi le rire et la bonne humeur sont parfois, (voire souvent) contagieux ? Très certainement par effet miroir mais surtout par empathie. Juste que l’on ne nous a pas appris (merci la culture populaire, la littérature et consort) à faire le lien entre ce qui crée en nous des sentiments positifs et l’empathie, qu’elle soit cognitive ou émotionnelle.

… à la concentration sur le positif

Or, c’est justement un travail que chacun pourrait et devrait faire : prendre le temps, lorsqu’ils ressent de la joie, de la bonne humeur, de la confiance etc. de réfléchir à ce qui l’a amené à cela et identifier les moments où son empathie est intervenue. Un exemple : vous êtes au bureau un lundi matin et vous êtes de mauvaise humeur. Un.e de vos collègue que vous appréciez arrive et vous salue d’un « bonjour » chaleureux et sonore agrémenté d’un grand sourire. Il y a de fortes chances que cela mette un peu de soleil dans votre journée. Pourtant, cette personne n’a fait que vous saluer. Mais empathie cognitive ou émotionnelle, vous avec perçu et compris le sentiment de joie qui a très certainement provoqué la même émotion en vous. Émotion qui peut finir par se décliner en sentiment pour toute la journée.

Le cas spécifique des Asperger

(m-à-j le 17 août 2019)

Je suis tombé sur un article du site PsychCentral.com. D’après le chercheur écossais Adam Smith, les Asperger ont la même capacité d’empathie émotionnelle et d’empathie cognitive que les neurotypiques. Néanmoins, la différence réside dans l’usage qu’il en est fait. Les neurotypiques sont capables de jongler entre EE et EC rapidement et de créer un équilibre entre les deux pour synthétiser une réponse appropriée aux situations.

A contrario, les Aspies n’ont pas cette capacité de transiter entre les deux et, donc, encore moins d’établir cette balance nuancée. Ils sont pris entièrement soit dans l’un, soit dans l’autre. Ils ont, par conséquent, un mal fou à pouvoir percevoir convenablement l’émotion, à la traiter comme le ferait un neurotypique et donc à fournir une réponse adéquate.

L’auteure de l’article recommande de se référer à un psychologue ou un thérapeute qui connait très bien le sujet de l’autisme Asperger et qui soit en mesure d’apaiser son patient. Il pourra ensuite l’aider à faire le tri entre les différents aspects des émotions et travailler pour que la personne concernée puisse, avec le soutien de son entourage, rendre la reconnaissance émotionnelle plus aisée.

Au final

Ce qu’il faut retenir, c’est que, comme les émotions, l’empathie est un fonctionnement. Il est possible d’en développer certains aspects par la connaissance de soi, l’introspection, l’intelligence (et donc la gestion) émotionnelle et bien d’autres.

Ce n’est pas une malédiction, ce n’est pas un fléau, bien au contraire. Comprendre son empathie émotionnelle et son empathie cognitive et trouver l’équilibre qui nous convient entre les deux, car cela diffère d’une personne à l’autre, apporte énormément. Elles deviennent à la fois des outils pour appréhender et comprendre autrui, mais aussi pour prendre conscience de notre environnement social et humain. Et ça, ça vaut de l’or.

3 Comments

  1. Agathe
    26 mai 2019

    Très intéressant cet article merci.Cela fait écho à deux livres de Matthieu Ricard Pladoyer pour le bonheur et l’autre Plaidoyer pour l’altruisme. Je n’avais encore jamais pensé à empathie pour les émotions positives. Intéressant. Agathe.

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  2. Louise
    4 janvier 2020

    Super intéressant comme article. J’ignorais déjà qu’il existait deux formes d’empathie, et j’ai entendu à plusieurs reprises que les personnes avec autisme n’avaient pas d’empathie (à cause d’un déficit en neurones miroirs, paraît-il). Je suis heureuse d’apprendre que cette vision est erronée, et celle de cet article me convient davantage. Apprendre qu’en fait il s’agit de savoir jongler entre les deux empathies revient à une révélation pour moi. Et les différenciations entre empathie et compassion, contagion, etc sont super intéressantes!
    Merci pour cette transmission de connaissances 🙂

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    1. NEWYW
      4 janvier 2020

      Bonjour Louise et merci pour votre commentaire. En effet, connaissant quelques TSA, dire qu’ils sont incapables d’empathie est on ne peut plus inexact. Cet article sur l’approche Asperger me paraissait intéressant à intégrer à mon propre texte et j’espère que cela aidera les autistes Asperger ainsi que des membres de leur entourage à comprendre cette approche afin de faciliter leur compréhension d’eux même.

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