Les émotions

Nous entendons parler des émotions tous les jours. Nous les ressentons, nous les vivons, elles nous font agir et surtout réagir. Néanmoins, savons nous précisément ce qu’elles sont et comment elles fonctionnent?

Définition

Comme pour certains termes importants (empathie, intelligence), la définition d’émotion n’est pas toujours clairement définie, et ce, en fonction de la discipline enseignée et du contexte. Je vais donc employer celle qu’on m’a enseignée lors d’une formation en intelligence émotionnelle.

Emotion vient du latin emovere qui signifie « se mettre en mouvement ». Et c’est exactement le propos de la chose. En effet, une émotion est la réaction (très complexe) du cerveau, qu’ils soit humain ou animal, face à un quelconque stimulus ou changement dans notre environnement . Elle a deux propriétés principales : Une grande intensité et une durée très courte.

En fait, les émotions sont des signaux neurologiques qui nous invitent, voire nous poussent, à agir face à une situation, que ce soit dans un but de préservation, de survie ou d’adaptation. Tous les animaux sont dotés d’émotions, même si leur gamme et leurs processus sont beaucoup moins élaborés que chez l’humain.

Mécanisme

De multiples circuits neurologiques

Les protagonistes

Plusieurs parties de notre cerveau entrent en jeu dans le fonctionnement des émotions:

  • Le thalamus joue le rôle de filtre/relai des signaux provenant des organes sensoriels, ainsi que de système de surveillance en état de veille.
  • Les amygdales sont décrites comme des « sentinelles psychologiques » par Joseph Ledoux et Daniel Goleman. Ce sont elles qui vont provoquer les premières réactions émotionnelles en établissant la dangerosité ou le critique de la situation. Elles sont particulièrement actives pour la peur et la colère.
  • Le neocortex,et plus particulièrement le cortex pré-frontal; est le siège de la cognition. Il traite (entre autres) les informations et évalue la nécessité d’agir ou non et avec quelle tactique.

Le cas de la peur.

Qui est aussi celui de la colère d’après Joseph Ledoux, professeur à l’université de New York. Le thalamus traite les informations de l’environnement via nos sens. Supposons que vous êtes en forêt que vous entendez, soudainement, un bruit dans les buissons. Le thalamus va envoyer un signal au cortex afin qu’il analyse l’origine de ce bruit et si il y a lieu, ou non, de s’inquiéter. Si c’est le cas, le cortex commandera à l’amygdale d’agir en déclenchant des émotions adaptées.

Cependant, c’est un processus très long, et si c’est un ours qui s’apprête à vous charger, autant dire que vous êtes déjà mort. C’est le circuit long de l’émotion, ou émotion cognitive. Pour compenser, le thalamus va donc envoyer une impulsion à l’amygdale à titre préventif. Celle-ci va donc préparer le reste du cerveau ainsi que le corps à agir en attendant que le cortex décide si c’est un ours ou un simple hérisson (je vous garanti que les hérissons sont super bruyants dans les buissons!!) et si il faut s’enfuir ou continuer de se promener comme si de rien n’était. Dans ce deuxième cas, on parle d’émotion instinctive.

Cette notion de circuits court et long est importante à assimiler lorsqu’on juge nos émotions trop envahissantes. Une fois encore, je l’expliquerai dans un autre article. En tout cas, chaque émotion diffère quelque peu des autres dans sont fonctionnement neurologique, mais en général, le cas de la peur est très représentatif de ce qui se passe dans notre cerveau.

Il faut aussi noter que le circuit court est celui qui est privilégié par beaucoup d’animaux pour assurer leur survie. C’est d’ailleurs là qu’on commencer à distinguer les émotions instinctives des émotions cognitives. Mais cela fera l’objet d’un autre article (Autant dire que j’en ai prévu un sacré paquet).

Pour résumer

Le rôle et les fonctionnement des émotions n’ont, apparemment, pas beaucoup évolué depuis la préhistoire. Lorsque nous faisons face à une situation, notre cerveau va analyser la situation et déclencher, si nécessaire, l’émotion adaptée. Le déclenchement de l’émotion va engendrer des réflexes physiologiques. Par exemple (d’après Goleman), la surprise va nous faire écarquiller les yeux, le but étant d’augmenter notre champ de vision pour mieux surveiller les alentours. La peur va provoquer une augmentation du rythme cardiaque et de la sudation (qui sert de climatiseur pour le corps) afin de se préparer à courir pour s’enfuir. Tout ceci est accompagné de sécrétions d’hormones (ocytocines, adrénaline, cortisol, dopamine etc) afin d’optimiser ponctuellement notre réactivité et efficacité. Nous n’avons que très peu ou pas du tout de pouvoir sur ces mécanismes.

Les réactions

Si ce fonctionnement limbique est le même pour tous les humains, comment se fait-il que chacun réagisse différemment face à une situation identique? Justement :c’est parce que nous sommes dans les réactions. Or, ces réactions ne sont pas les émotions en elle même, mais le résultat de celles-ci : le mouvement du emovere.

Par exemple, un oiseau entend un bruit et s’envole dans la foulée. La fuite n’est pas l’émotion, mais la réaction reliée aux émotions de peur et de surprise, déclenchée par le bruit, pour survivre.

Dans un contexte plus concret : une personne vous bouscule dans la rue et, sous le coup de la colère, vous l’insultez. L’insulte n’est pas la colère en soit, mais de la rage (qui est bien plus primaire). D’autres personnes, à votre place, laisseraient faire et/ou rumineraient ou iraient s’adresser poliment à la personne qui vient de les percuter. Pourtant, elle vivraient exactement la même colère que vous. C’est comme lorsque vous sursautez lorsque quelqu’un vous surprend par derrière. Ce n’est pas l’émotion en soit qui provoque le mouvement musculaire, mais la réaction de votre corps provoquée par l’émotion de surprise.

Bien sur, l’intensité du signal émotionnel est potentiellement variable d’une personne à l’autre. Néanmoins, la réaction ne doit pas être en proportion de cette intensité. C’est justement la partie du processus des émotions sur lequel nous pouvons agir. Mais je traiterai de tout ça dans un article sur l’intelligence émotionnelle.

Chez les newyw

Est-ce que les surdoués ont un fonctionnement émotionnel différent? Je ne suis pas expert en la matière, donc ce qui suit sont de simples hypothèses sans valeur scientifiques.

Si on se limite à la partie émotionnelle instinctive (le circuit court), je suis tenté de croire que les processus neurologiques sont les mêmes. Peut-être sont-il plus rapides ce qui rendrait certains newyw plus réactifs face aux stimuli de leur environnement. De plus, certains ayant des sens plus sensibles (notamment l’ouïe et l’odorat), cela peut potentiellement rendre le déclenchement du circuit court encore plus facile, intense et rapide.

J’ai plus tendance à croire (mais cela n’engage que moi), que la partie émotionnelle cognitive (circuit long impliquant des parties du néocortex) peut différer. Selon ce qu’on peut lire à droite et à gauche, le cerveau des surdoués transmettrai plus rapidement les informations et avec plus de connexions cérébrales (Nusbaum, Marinier, Révol). On peut donc supposer que le traitement de la partie cognitive de l’émotion peut-être accéléré, mais aussi plus riche en quantité d’informations traités. Dès lors, même si le fonctionnement est le même, le fait de pouvoir traiter les stimuli extérieurs plus rapidement, tout en prenant en compte bien plus d’informations, peut possiblement donner des résultats, et donc des réactions et comportements, différents. Différences qui peuvent contribuer aux décalages ressentis et vécus par nombre de newyw que j’ai croisés. Parmi ceux-ci, on peut parler d’émotions plus intenses et envahissantes… mais je crois que le coté envahissant se trouve plutôt du coté comportemental.

Les différents classements des émotions

René Descartes

Notre cher Descartes national est apparemment le premier a avoir décrit un modèle d’émotions chez les humains. En 1649, dans Les Passions de l’Âme , il identifie les six émotions suivantes :

  • Admiration;
  • Amour;
  • Haine;
  • Désir;
  • Joie;
  • Tristesse.

Robert Plutchik

Dans sa théorie psycho-évolutionniste , le psychologue Robert Plutchik identifie huit émotions primaires qu’il a réunies dans la Roue des Emotions de Plutchik.

  • Joie;
  • Peur;
  • Dégoût;
  • Colère;
  • Tristesse;
  • Surprise;
  • Confiance;
  • Anticipation.

C’est de loin mon modèle préféré car la Roue de Emotions, qui va avec, est très utile dans la compréhension de notre fonctionnement émotionnel . De plus, la combinaison de chacune des émotions primaires donne des émotions secondaires puis tertiaires. Par exemple la colère et le dégoût donnent le mépris.

Roue des émotions de Plutchik – Source : Wikipédia

J’expliquerai, dans un autre article, une méthode pour apprendre à identifier et gérer ses émotions en utilisant la Roue de Plutchik.

Paul Ekman

Paul Ekman est un nom à connaître dans le domaine des émotions et, particulièrement, de l’intelligence émotionnelle. Il a démontré que les expressions faciales n’étaient pas déterminées par la culture mais universelles parmi les humains. De 1967 à 1968, il a voyagé en Papouasie- Nouvelle Guinée pour rencontrer des tribus éloignées et isolées. Il montra à leurs membres des photographies avec différentes expressions et nota les réactions des sujets.

Ekman a établi une première liste d’émotions en 1972

  • Tristesse ;
  • Joie ;
  • Colère ;
  • Peur ;
  • Dégoût ;
  • Surprise.

Qu’il a étendu à 16 items en 1990 :

  • Amusement ;
  • Satisfaction ;
  • Gêne ;
  • Excitation ;
  • Culpabilité ;
  • Fierté dans la réussite ;
  • Soulagement ;
  • plaisir sensoriel ;
  • Honte ;
  • Mépris.

Il existe d’autres classements, mais ce sont les trois que j’ai retenu. Descartes pour l’aspect historique, Plutchik car c’est le modèle que je trouve le plus cohérent et intéressant, et Ekman pour son travail sur les micro-expressions (même si j’ai du mal avec son Programme Génies ).

Les sentiments

Emotions et sentiments

La confusion est facile car ils portent les mêmes noms. Pourtant, même liées, ce sont deux choses distinctes.

  • L’émotion est un processus instinctif sur lequel on n’a pas de contrôle. Elle est ressentie de façon intense sur une courte période.
  • Le sentiment est un fonctionnement cognitif et mental sur lequel il est possible d’agir de plusieurs manières (motivation, réflexion, thérapie etc.). Il s’étend dans la durée et son intensité est bien plus faible que l’émotion.

La meilleure façon de distinguer émotion de sentiment est de comparer l’intensité et la durée. C’est ce qui les différencie le plus. Si on a vraiment envie de hurler de joie en sautant partout, nous sommes probablement en face de l’émotion de joie. Si on est guilleret, des bonne humeur pendant toute une journée suite à une bonne nouvelle, il s’agit certainement d’un sentiment de joie.

D’ailleurs, le sentiment découle souvent de l’émotion. Dans l’exemple précédent, la personne peut avoir appris une bonne nouvelle qui, sur le coup, l’a faite sauter de joie en hurlant. Une fois l’émotion passée, cette bonne nouvelle l’a mise de bonne humeur pour la journée.

La polarisation émotions positives/négatives

Il y a différentes écoles concernant la polarisation positif/négatif des émotions. Je ne pense qu’aucune n’a plus raison ou tort que l’autre, ce sont deux approches différentes. Je suis de celle qui dit que les émotions sont neutres car ce sont juste des alertes (et ça enlève une charge de classification à l’analyse, ce qui va dans le sens de ma paresse naturelle).

Par contre, je considère que les sentiments qui en découlent peuvent être justement positifs ou négatifs. Les sentiments s’étendant dans le temps, certaines peuvent causer des dommages à notre mental et notre moral. L’exemple de la colère est typique : pour que notre corps soit prêt à se battre ou réagir, l’amygdale commande aux glandes surrénales de sécréter du cortisol en abondance. Lorsque la situation se résout, le cortisol est éliminé. Par contre, si on maintient un sentiment de colère, le cortisol va se maintenir et s’accumuler, cela va créer une forme de stress chronique. En effet, le cortisol est l’une des hormones du stress. Or, selon certains chercheurs (je mettrai mes sources dès que je les retrouve) être trop longtemps exposé au cortisol peut provoquer des dépressions et , potentiellement endommager le cerveau.

En fait, il semblerait que le cerveau et le corps humains ne soient pas faits pour subir trop longtemps des pics biochimiques (hormones, neurotransmetteur etc.)

Et ensuite ?

C’est tout pour la définition de ce que sont les émotions. C’est un domaine de recherche pléthorique, aussi vaste que tous les océans . Il est très facile de s’y perdre et de ne pas se laisser aller dans des millions d’explications. Néanmoins, ce n’est que le début de ma diatribe sur les émotions. Dans la deuxième partie, j’aborderai l’intelligence émotionnelle développée par Peter Salovey et John Mayer et popularisée par Daniel Goleman.

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