L’intellectualisation

Soyons honnêtes, dès qu’on a atteint un certains niveau d’études, surtout dans un domaine pointu, ou pour certains newyw, il est tentant, voir mécanique, de parler en utilisant un vocabulaire élaboré et des termes spécialisés, compliqués voir ésotériques. Bref, on intellectualise notre discours, et pas à moitié.

D’ou cela peut-il venir?

Pour les newyw, et cela a été mon cas, cela peut commencer très tôt. A huit ans, j’utilisais déjà des ordinateurs (on parle des années 80). La raison? Probablement parce que la plupart acquièrent rapidement beaucoup de vocabulaire et sont tentés de s’en servir. Soyons réalistes, vous n’achetez pas des jouets pour ne pas les essayer au moins une fois, rassurez-moi. De plus, rapidement, ce n’est pas que le vocabulaire que l’on acquière facilement, mais les connaissances. Et quand elles sont techniques et/ou scientifiques, on a vite faire de vouloir les étaler.

Je ne sais pas si ce comportement est inné ou induit. Je pense en particulier à la culture populaire où le surdoué de service est souvent soit caricaturé par l’intello un peu perché, mais malgré tout sympathique par sa maladresse et sa déconnexion de la réalité, soit par le génie sombre, torturé et même un peu misanthrope mais malgré tout attachant.

Oui mais, en fait non

Clairement non. Ces aspects attachants et sympathiques sont surtout le résultat de jeux d’acteur exercés avec talent. Et surtout, ça reste des images et personnages de fiction. Ils sont imaginés pour assurer des rôles précis dans une ligne narrative et non pas être des personnes de la vie réelle.

« L’intellectualisation est une réponse aux conflits et aux stress en s’adonnant à un usage excessif de pensées abstraites ou de généralisations pour contrôler ou minimiser des sentiments perturbants. « 

DSM-IV

Il ne faut pas se mentir, avoir principalement ou en en permanence un discours intellectuel rend antipathique auprès d’une partie pas du tout négligeable de la population. Je ne parle pas que d’étaler sa science, mais aussi toujours tout rationaliser ou ramener les gens au factuel. Nous ne sommes pas des acteurs, ni les personnages de Will Hunting, Sheldon Cooper , Ender, la bande de Scorpion et autres. Et même si nous arrivions à coller à ce gens là, le contexte de la vie réelle ferait que le problème redeviendrait possiblement le même.

Oui, j’ai bien dit antipathique …

Il a fallu que deux psychologues et un intervenant et je ne sais pas combien d’autres thérapeutes divers me le disent pour que je le comprenne. Effectivement, même si j’étais bien sympa de prime abord, mon langage élaboré, mes termes scientifiques et technique , la rationalisation ainsi que l’étalage continuel de mon savoir étaient de réels obstacles dans ma relation avec les autres.

… et distant …

Soyons réalistes, vous êtes chez votre médecin et il vous annonce que vous avec un adénocarcinome perforant du duodénum. On s’entend que dire « cancer de l’intestin (grêle) », ça passe mieux (quitte à préciser ensuite si le patient veut en savoir plus).

Si on écoute les gens, et surtout notre empathie, il est facile de comprendre qu’intellectualiser son discours mets une distance entre nous et notre interlocuteur. C’est un peu comme commencer à lui parler en français puis , sans prévenir, continuer en ouzbek. Personnellement, je déteste quand les gens font ça (surtout en ouzbek ou en mandchou). Par empathie et sympathie, je me dit que si je déteste ça, je ne suis probablement pas le seul (sans que ce soit le cas de tout le monde, bien sûr).

Petite parenthèse: en thérapeutique cognitive comportementale, l’intellectualisation du discours est aussi considéré comme une façon de se distancier de ses problèmes quand on les évoque. Distanciation qui peut être interprétée comme un évitement ou une fuite, ce qui n’est pas forcément bon quand on veut aller mieux.

… et rabaissant …

Il me parait important de comprendre que pour une personne qui n’a pas notre niveau de connaissance ou d’études, c’est oppressant de se faire asséner des faits scientifiques ou de grands coups de savoir. Cela peut renvoyer l’autre à sa propre ignorance (ce qui est apparemment très douloureux dans notre culture française) et donc le faire se sentir inférieur et stupide.

… et gonflant.

A une soirée Zèbre l’an dernier, je discutais avec une jeune newyw très sympathique de sujets de la vie de tous les jours pour se détendre. Un gars vient s’installer à notre table, ce qui en soit me faisait plaisir car j’aime être inclusif dans ce genre d’évènements. Et là, catastrophe! Il commence à nous faire un exposé sur la relativité et la théorie des cordes. Disons que ma sympathique comparse et moi nous sommes regardés exaspérés. Je lui ai, malgré tout, laissé deux minutes avant de lui proposer d’aborder un sujet plus relax.

Sérieusement, je n’ai pas un doctorat en quoique ce soit, et pourtant j’aime les sciences. Mais arrive un moment, même entre newyw, il faut savoir être humain. Tout le monde n’aime pas parler de physique et ramener sa science ne donne pas toujours une image positive de soi. Cela fait même passer pour un ordinateur.

Petits conseils

Pour faire court, intellectualiser notre discours nous rend désagréables. Ce n’est pas non plus une raison pour ne plus parler aux gens ou se contraindre à des conversations que l’on juge banales et inintéressantes (voir mortellement ennuyantes). Il est pourtant possible de communiquer son savoir sans se mettre les gens à dos.

Choisir son public

Même si vous êtes dans une soirée avec d’autres newyw, je crois qu’il faut prendre en compte que tout le monde n’est pas expert dans votre discipline. Les newyw sont des gens comme les autres et certains peuvent être des artisans , d’autres employés de bureau qui n’ont pas fait de hautes études et ainsi de suite. Le mieux, est de s’assurer que les gens qui sont en face de nous sont sensibles à ce que nous aurons à leur dire.

Tâter le terrain

Contrairement à ce que l’on peut penser suite à ce que j’ai écrit, beaucoup de gens (que je croise , en tout cas) aiment apprendre des autres. Encore faut il savoir quoi. La meilleure façon d’obtenir l’information est de tout simplement poser la question. Je vous laisse établir votre stratégie d’approche.

Vulgariser

Même si certaines personnes aiment apprendre, ce qui fait la différence entre un bon enseignant et un mauvais enseignant est la faculté de transmettre le savoir. Mettre mon discours à la portée de mon interlocuteur s’avère souvent une approche gagnante. Le pire, dans tout cela, c’est que souvent ils en redemandent.

Je pars du principe qu’il faut d’abord être dans l’explication générale. Si la personne montre son intérêt, on peut alors entrer progressivement dans les détails. Savoir faire des comparaisons avec des exemples de la vie courante aide beaucoup.

Vulgariser, c’est aussi impliquer l’autre dans la conversation et ne pas le suriner d’informations, de théories etc. Ne pas hésiter à lui demander si il a des questions, lui laisser des espaces de prise de parole etc… Bref, ce sont des leçons de bases de communication, mais on n’est pas non plus dans un débat politique.

Être à l’écoute auditive et visuelle de l’autre

L’une des pires choses qui puisse se produire, c’est qu’une personne manifeste directement ou indirectement son désintérêt. C’est sur que lui tenir la jambe à partir de là ressemble à du suicide social. Il me parait de bon aloi de poser des questions si on sent un malaise ou un exaspération quelconque.

Faire de l’humour

Nombre d’entre nous ont certainement des petites anecdotes drôles à raconter dans le cadre de leurs connaissances culturelles ou scientifiques (maladresse lors d’une expérience, loi de Murphy, choses qui ne se passent jamais comme il faudrait etc.) . La meilleure chose à faire est de les placer. Ça casse le rythme, aère la conversation et un peu de rire ou de sourire ne peux faire que du bien en plus d’augmenter le capital sympathie.

Voilà !

C’est tout pour aujourd’hui. Je sais que c’est un sujet sensible. Mais c’est le genre de distorsions de perception qui me semble dangereux pour le bien-être de chacun. Les conseils que j’apporte ne sont pas de gros changements à effectuer. Et pourtant ils peuvent grandement améliorer vos relations sociales comme cela a été le cas pour moi.

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