Nos désirs et nos besoins

En tant qu’humains, nous avons souvent envie de quelque chose, quelle qu’en soit la forme. Parfois, nous motivons ces envies par un besoin plus ou moins vital. Mais est-ce vraiment le cas?

Les besoins

Ce qu’ils sont

On peut définir par « besoin » tout ce qui est nécessaire à notre vie ou notre survie. Les besoins peuvent être conscients ou inconscients et ces derniers seront très importants pour plus tard dans cet article. Nous n’avons que pas ou peu de contrôle sur eux, ceux-ci étant des exigences de facteurs externes et/ou naturels. Par exemple :

  • physiologie : se nourrir, boire ;
  • environnement : s’abriter des intempérie, se tenir au chaud ou au frais ;
  • social : être entouré, être seul.
  • etc.

Certains postulats affirment que les besoins sont les mêmes pour tous les humains. J’ai plus tendance à penser que leur désignation est la même, mais que leur priorité et leur intensité ne le sont pas.

La pyramide de Maslow

Dans les années 40, le psychologue Ibraham Maslow à conçu la Pyramide des Besoins qu’il améliorera dans les années 70. Dans ce modèle, il hiérarchise les besoins en différentes catégories (physiologiques, sécurité etc…) et considère que pour passer à l’étage supérieur (par exemple des besoins de sécurité aux besoins d’amour), les premiers doivent être comblés. C’est un modèle utilisé en marketing et en développement personnel. Je vais d’ailleurs en faire une utilisation détournée dans cet article.

Par Antimuonium — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,

Ce modèle est contesté et même faillible. Maslow aurait d’ailleurs reconnu les défauts de sa pyramide. Néanmoins ce n’est pas ce qui nous intéresse. Il me semble important de retenir les cinq catégories principales :

  • physiologiques
  • sécurité
  • amour et appartenance
  • estime
  • accomplissement de soi.

Nous ferons abstraction de la notion d’ascension. Je pense que chacun doit se faire son diagramme (tous les besoins physiologique ou d’estimes n’ont pas besoin d’être comblés, par exemple, pour satisfaire son estime de soi.) en fonction de ses objectifs de vie. Le but est de se dire : « Je veux arriver à cela, et pour cela, mon besoin de ceci doit être comblé. Mais pour en arriver là, je dois satisfaire tel, tel et tel besoins. » Ce qui en découle, c’est que si certains besoins ne sont pas assouvis, ils peuvent déstabiliser la structure que nous essayons de construire et donc nous affecter de l’intérieur.

Les désirs

Un désir et l’impulsion à vouloir obtenir obtenir quelque chose, que cette chose soit tangible ou non. Contrairement aux besoins, les désirs ne sont pas toujours fondamentaux : on peut potentiellement s’en passer.

Ces désirs qui rendent malheureux

Ne vous est-il jamais arrivé de sincèrement vouloir quelque chose au plus profond de vous mêmes (une acquisition, être en couple avec une personne en particulier, etc.) et, lorsque vous obtenez le fruit de vos envies, de vous sentir insatisfaits? Je pense que cela arrive à tout le monde à un moment ou un autre.

Les désirs de chacun sont faciles à modeler. J’adore justement la chanson Foule Sentimentale d’Alain Souchon (1993). Comme il le chante si bien , « on nous inflige des désirs qui nous affligent. » Et je pense que le « on » inclut en grande partie la société de consommation et notre éducation, mais pas que. Je trouve qu’il est facile de manipuler l’Humain dès son enfance en jouant avec ses envies et ses désirs. La carotte et le bâton en font un peu partie, mais le chantage du « si tu n’es pas sage, tu n’auras rien pour ton anniversaire » contribuent certainement à alimenter cette machine. On peut facilement nous « faire croire que le bonheur c’est d’avoir. » N’est ce pas terrible?

Corréler désirs et besoins

Pourquoi, souvent, dans notre quête du bonheur nous n’arrivons pas toujours, voir jamais, à nous sentir heureux? Pourquoi après s’être démené pendant des années pour gravir les échelons de la hiérarchie on termine avec le Blues du Businessman? Pourquoi après avoir économisé pour acheter une grande maison, certains ont malgré tout un sentiment de vide? Peut-être parce que nous ne sommes tout simplement pas comblés car il manque une condition sine qua none.

En effet, l’élément le plus important est justement dans le terme « comblé ». Comme me disait si bien un formateur : « on satisfait un désir, mais on comble un besoin. » La nuance est subtile, et pourtant primordiale à comprendre. En effet, vous pouvez satisfaire et assouvir tous vos désirs, mais si vos besoins, derrière, ne sont pas comblés, il manquera toujours quelque chose. Un peu comme ce businessman qui a le blues car il aurait voulu être un artiste. L’image offert par Plamondon et Berger dans cette chanson est très forte, celle de Zéro Janvier qui a réussi (aux yeux des autres et de la Société) et qui en est fier, mais qui finalement est malheureux de ne pas pouvoir faire quelque chose de bien plus modeste : son numéro. Et là était son vrai besoin, se faire plaisir de cette façon.

Quand on y regarde de près, nous avons tous un tas de besoins inconscients qui nous minent car nous ne nous en occupons pas. Nous voulons satisfaire ce à quoi nous sommes conditionnés dès l’enfance : être de bons citoyens modèles (ou du moins, en avoir l’air), être appréciés, être intégrés, réussir dans la vie (d’ailleurs? Qu’est ce que réussir dans la vie?), et j’en passe. Ce faisant, nous nous rendons malade à satisfaire des désirs qui ne sont même pas les nôtres, pour la plupart. Et finalement, nous allons à l’encontre d’une partie de notre nature profonde, pour la simple et bonne raison que nous ne la connaissons pas et donc la négligeons.

Connecter nos désirs à nos besoins

Je suis intimement convaincu que c’est la source de bien des malheurs de notre société moderne. Des gens qui courent après des images de bonheurs (et j’insiste sur le pluriel) qui ne leur correspondent pas. Des modèles préfabriqués et pré-formatés pour en faciliter la diffusion et le contrôle. Pourtant, même si nous avons tous besoin de manger pour vivre, je n’ai peut-être pas autant besoin de manger que mon voisin, ni de manger la même chose. C’est pareil pour le reste, à même besoin désirs différents. Dès lors c’est à chacun se construire son propre bonheur sur-mesure.

Etape 1 : Quels sont mes désirs?

Pour atteindre ce bonheur (en tout cas, une partie de ce bonheur), je juge primordial de prendre le temps de s’arrêter régulièrement pendant une petite heure de temps à autres et de se poser la question de ce que que nous voulons dans la vie. Que ce soit sur le plan matériel, social, professionnel, personnel, etc. il est intéressant de noter sur une feuille ou dans un tableau la liste de nos envies. Ensuite, il est tout aussi intéressant de les organiser par ordre d’importance ou de priorité.

Ensuite, si on en est capable, car cela demande un minimum de connaissance de soi, commencer à écumer. Rien que de faire une liste de nos envies peut nous amener à nous poser la question de leur bien fondé. Il est aussi nécessaire de se poser la question de savoir si le désir est bien le notre ou si il est induit par notre environnement. Nous marions nous parce que nous le voulons vraiment ou le faisons-nous parce que nos familles nous y poussent et que, en fait, on préférerait simplement se PACSer? Cette promotion au travail m’intéresse-t-elle vraiment? Est ce que je le fais parce que cela va m’apporter du prestige tout en impressionnant mon entourage? Est-ce que je le fais pour moi alors que le nouveau poste va être ennuyeux à mourir?

Etape 2 : Quels sont mes besoins ?

C’est l’étape la plus difficile et la plus longue car elle nécessite parfois une profonde introspection. Identifier nos besoins et leur ordre de priorité dans nos vies me parait d’une importance capitale. Cela nécessite de prendre le temps d’être à l’écoute de soi, de ses émotions, de ses sentiments, de son corps et même de son enfant intérieur. Cela nécessite aussi de se comprendre. Souvent de dures remises en question se produisent et il est aussi possible qu’on se rende compte que certains aspects de notre vie sont tromperies ou mensonges.

C’est là où les catégories de la pyramide de Maslow est utile. Elles permettent de regrouper nos besoins personnels pour les hiérarchiser. Il faut aussi se poser toutes les questions possibles et inimaginables et tout mettre en doute. Ça peut être de se demander si on a vraiment besoin d’acheter un SUV alors qu’une berline ferait tout aussi bien l’affaire pour un peu moins cher et que la différence d’argent pourrait servir à autre chose. Cela peut aller aussi se demander si on a vraiment besoin de sortir plusieurs fois par semaines dans des bars pour socialiser avec les potes alors qu’en fait, une sortie hebdomadaire nous suffit et qu’au delà cela nous fatigue.

Etape 3 : Connecter ses désirs et ses besoins.

Le moment est venu de valider nos désirs en les opposants à nos besoins. Cette phase a probablement commencé dès l’étape précédente. Lorsqu’on identifie ses besoins, il arrive souvent qu’on fasse immédiatement le lien avec nos désirs et qu’on se rende compte de leur validité ou de leur futilité.

Je pense que vous aurez compris l’intérêt de connecter nos désirs à nos besoins. Dans le doute, je vais tout de même le spécifier. Pour commencer, cela permet d’éliminer un tas d’envies superflues qui étaient encore là après l’étape 2. Ensuite, cela permet de se retrouver plus en phase avec nous même. Lorsque nous oeuvrerons pour assouvir une envie, nous comblerons partiellement ou entièrement un ou plusieurs besoins. Ainsi, nous ne pourrons que retirer de la satisfaction de ce que nous faisons, même si nous échouons. Car même en cas d’échec, la motivation par le besoin sera plus forte pour de nouvelles tentatives. Enfin, cela permet de ne plus se disperser dans des entreprises vaines.

Au final, on comprend un chose qui se résume dans cette citation de l’un des philosophes de la vie que je préfère :

Il en faut peu pour être heureux

Vraiment très peu pour être heureux

Il faut se satisfaire du nécessaire

Baloo – Le livre de la jungle (Disney 1967)

La petite minute conspirationniste

Plus le temps passe, plus je me rends compte que tout est fait pour nous empêcher d’être vraiment heureux. Je serai probablement souvent amené à répéter cette phrase, d’ailleurs. Nos besoins sont une partie de nous, et ils sont spécifiques à tout un chacun. C’est donc une nécessité vitale, selon moi, de les connaître.

Or, nous vivons dans une Société d’homogénéisation. Cela commence dès l’école ou on essaye de produire des élèves tous « égaux » et équivalents. Par opposition, les systèmes éducatifs états-uniens et canadien, bien que loins d’être parfaits, ont le mérite d’encourager le développement et l’aboutissement des profils individuels. Homogénéiser les profils revient à dire que tout le monde a les mêmes besoins (on peut même le lire dans l’article Wikipédia de la pyramide de Maslow). Or, comme je l’ai écrit avec le besoin de s’alimenter, même si nous avons tous besoin de dormir, nous ne dormons pas tous 8h12min22s par nuit et ne nous couchons tous, ni ne nous levons, à la même heure.

Le pire est qu’on se permet de nous inculquer dès notre plus jeune âge ce que nous voulons et nos nécessités sans nous prendre en compte. Avoir des envies exotiques, ou pire, ne pas en avoir certaines peut nous marginaliser. Je vais prendre mon propre exemple : je ne ressens plus depuis des années le besoin de partir plusieurs semaines par an en vacances dans un pays lointain. Pour la simple et bonne raison que quelques jours de vacances à visiter une ville en Europe me suffit amplement. Vous seriez surpris de la quantité de gens qui me regardent avec des yeux gros comme des soucoupes lorsque je le dis. Alors imaginez lorsque je leur dit que dans ma reconversion professionnelle, j’ai fait le choix de diviser mon salaire par trois…

Une des causes de souffrances des newyw?

Je pense que la décoréllation des besoins est l’une des phénomène squi rend certains newyw vraiment malheureux. D’un coté, il y a l’exigence de l’environnement (social, familial, professionnel, éducationnel etc…) qui dit « tu as envie de celà » et d’un autre coté, l’inconscient qui voit ses besoins non-respectés et essaye de rétablir l’équilibre de l’intérieur. Tiraillé en nous même dans cette bataille, interne, il y a de quoi en baver sérieusement et dès l’enfance.

Pire encore, nous vivons dans un contexte, probablement hérité de notre histoire catholique, ou on exige et nous conditionne à être à l’écoute des besoins des autres et de la société plus qu’aux siens. Et ça, je pense que les newyw en souffrent encore plus dans leur besoin de bien faire les choses et d’écouter les deux fameuses petites voix « sois parfait.e » et « fais plaisir ». Hélas, certains finissent par s’en rendre malade.

Un pas vers soi-même

Accéder au bonheur et arriver à être soi-même nécessite d’agir sur plusieurs axes à la fois. Connaître, écouter et combler nos besoins fait partie de ceux-là. En le faisant, nous consacrons notre énergie à oeuvrer pour nous accomplir et non pas pour faire plaisir aux autres ou correspondre à une image que l’on nous impose. Image auxquelles les newyw ne correspondent quasiment jamais, de toute façon.


Foule sentimentale

On l’a là la vie en rose
Le rose qu’on nous propose
D’avoir les quantités d’choses
Qui donnent envie d’autre chose
Ah et, on nous fait croire
Que le bonheur c’est d’avoir
De l’avoir plein nos armoires
Dérision de nous, dérisoires
Car, foule sentimentale
On a soif d’idéal
Attirée par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle
Il se dégage
De ces cartons d’emballage
Des gens lavés, hors d’usage
Et tristes et sans aucun avantage
On nous inflige
Des désirs qui nous affligent
On nous prend faut pas déconner dès qu’on est né
Pour des cons alors qu’on est
Une foule sentimentale
Avec soif d’idéal
Attirée par les étoiles, les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle

Alain Souchon – 1993 –


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