Un peu de mécanique

Ayant fait des études d’ingénieur en mécanique, j’aime beaucoup utiliser cette discipline pour faire des parallèles avec les comportements et l’esprit humains. Aujourd’hui, nous allons aborder quelques bases de Résistance des Matériaux (RdM)

Test de rupture

Déformation élastique

Prenons un objet en métal que l’on puisse facilement déformer, une cuillère par exemple. Si on plie légèrement la cuillère et qu’on la relâche, elle va revenir à sa position initiale. C’est ce qu’on appelle une déformation élastique. Dans ce domaine élastique, le matériau ne subit aucun ou très peu de dommage malgré les contraintes appliquées.

Déformation plastique

Si jamais on plie la même cuillère au delà d’un certain angle et qu’on la relâche, elle ne reviendra plus exactement à sa forme initiale. Au contraire, elle adoptera une position intermédiaire entre la déformation et le point de départ. Cet angle critique est la limite d’élasticité et au delà, toute déformation devient plastique, c’est à dire irréversible.

Une déformation plastique implique des micro-ruptures dans la matière. On peut ramener la cuillère à sa forme initiale, mais cela nécessite une deuxième déformation plastique et donc de nouveaux dommages internes. De plus, la structure interne ne sera plus la même. En clair, les dommages sont probablement définitifs.

Striction

Au delà d’une amplitude de déformation se produit une striction. La cuillère va changer de forme . La matière va subir d’importantes ruptures et notre ustensile de cuisine gardera exactement la forme qu’on lui donnera. Encore plus loin et c’est la rupture définitive.

Phénomène de fatigue

Lorsque l’on répète des déformations plastiques, même de petite amplitude, le matériau va subir des changements. Au début il va se durcir (écrouissage), ensuite fatiguer, et enfin rompre. C’est d’ailleurs ce qui arrive dans les fils des écouteurs audio bas de gamme. A force d’être manipulé, enroulé, déroulé et déformé dans tous les sens, le cuivre finit par s’abimer et se rompre à certains endroit.

L’esprit humain

En fait, quand il s’agit de s’adapter (aux autres, aux situations ou à notre environnement) , de gérer le stress ou de relever des défis, notre esprit se comporte comme la cuillère. Tant que l’on reste dans notre limite élastique, on peut se plier comme bon nous semble sans se faire de mal. Dépasser cette limite occasionnellement et en prenant le temps de bien se replacer ensuite ne pose pas de soucis. Par contre, se sur-adapter, c’est à dire aller trop loin et/ou trop souvent, va nous nuire en profondeur voir nous détruire de l’intérieur. C’est d’autant plus insidieux que c’est le cumul de micro-blessures, dont on ne se rend pas forcément compte sur le moment, peut engendrer ce genre de dégâts. Cela peut se traduire par des déprimes, dépressions, mal-être et bien d’autres choses peu réjouissantes.

Connaitre ses limites

En fait, j’ai entendu et lu beaucoup de Newyw se plaindre des conséquences dramatiques pour eux de devoir s’adapter aux autres. Que ce soit en se bridant intellectuellement, en adoptant des attitudes à l’encontre de leurs personnalités, convictions ou principes, s’adapter peut vite créer des micro-ruptures.

Refuser toute adaptation ne me semble pas non plus une bonne solution. Bien au contraire. Cela reviendrait à être trop rigide et donc subir le rejet des autres. L’adaptation est une nécessité car il s’agit de mettre en opposition des différences afin de voir si il est possible de les corréler d’une façon ou d’une autre.

L’idéal est justement de prendre le temps de connaitre sa limite élastique pour chaque situation et dans chaque domaine. Il me parait important de prendre le temps de s’écouter , de se tester, de comprendre ce qui nous fait mal et pourquoi, ce que l’on peut faire et combien de temps (par exemple, aller à une soirée bruyante alors qu’on est sensible au bruit). Une fois que l’on sait ce que l’on peut faire, on peut mieux mesurer nos propres enjeux tout en se respectant.

Une chose à noter : la limite élastique d’un métal est constante et figée… mais pas celle d’un être humain. Il est possible de l’améliorer en développant sa patience, sa connaissance de soi, en soignant ses blessures intérieures et extérieures et bien d’autres.

Faire respecter ses limites

C’est un travail plus ardu. Pourtant, il est important lorsque l’on connait ses limites, de les respecter, mais surtout de les faire respecter. Chaque contexte nécessite une stratégie différente. J’en parlerai dans d’autres articles traitant de la gestion des émotions, dont la colère. En tout cas, pour le moment, notez qu’il ne faut pas attendre d’atteindre la limite pour agir auprès des autres, mais le faire bien avant. Il n’y a pas de honte à tourner les talons pour éviter de se blesser si une situation conflictuelle vous cause du tort, par exemple.

Réévaluer régulièrement

Le temps passe et les choses évoluent. Que ce soit nous, notre environnement (travail, famille, entourage…), le contexte, notre santé etc. Je trouve qu’il est vital de régulièrement prendre le temps de s’assurer que nos limites n’ont pas bougé. C’est normal, quand nous sommes fatigués ou malades, d’être moins patients avec les gens ou tolérants au stress.

Le bonheur et la tranquillité d’esprit se travaillent un petit peu tous les jours

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.