Un traitement spécial ?

Depuis que j’ai lancé ce blog au printemps dernier, certains lecteur et certaines lectrices m’ont fait une remarque intéressante : ce que j’explique, conseille et indique ne s’applique pas qu’aux personnes ayant un QI supérieur à 130. Et ils ont entièrement raison.

La notoriété

Depuis maintenant dix ans, et encore plus de puis quelques années, apparemment, la notoriété des « Zèbres » et « Hauts Potentiels » a le vent en poupe (je n’ai jamais trop compris cette expression, il me semble que le meilleur vent pour faire avancer un voilier est par le coté…) . Le concept a été démocratisé au travers de divers ouvrages d’une multitudes psychologues, neuropsychologues, psychothérapeutes etc… le tout suivi par des émules des premiers au travers de blogs et de chaines YouTube. De plus, la médiatisation (et particulièrement à la télévision) de tête de liste comme Jeanne Siaud-Facchin ouMonique de Kermadec depuis quelques années, ou bien encore des reportages et documentaires sur des enfants et adolescents surdoués, semblent accélérer le mouvement.

Qui dit notoriété dit forcément…

L’effet pervers, dans tout cela, est la mise en avant de traits particuliers et inhérents à ces « Zèbres » et « Hauts Potentiels ». Parmi le top 5, on retrouve le sentiment de décalage par rapport au reste de la population. Bon, je ne sais pas si c’est vrai pour tous les NEWYW, en tout cas, vu que j’en connais quelques un qui ne le vivent pas, je me permets de penser qu’ils ne sont pas seuls.

… que cela va attirer des convoitises…

Le problème, selon moi, de mettre en avant ce sentiment de décalage est que cela risque forcément d’induire une notion de personne unique, exceptionnelle, à part , bref clairement pas comme les autres. Et à problème exceptionnel, mesure exceptionnelle, comme dirait l’autre. Nous nous retrouvons donc avec un nouveau marché de psychologues, psychothérapeutes et mêmes des coaches et des sophrologues spécialisés « HP/Zèbres ».

Mais en quoi sont ils des spécialistes des « Haut Potentiels »? J’ai mené une petite enquête de fond depuis environ un an pour en savoir plus. Voici une liste (non-exhaustive) de cela à quoi peut faire référence :

Le/la praticien/praticienne est lui/elle même HP/Zèbres/Surdoué/NEWYW.

De par son propre exemple, il a donc une connaissance des problématiques de cette population. Certes, mais cela me semble léger. J’ai croisé de nombreux NEWYW depuis deux ans et force a été de constater que même si on peut regrouper un noyau de problème récurrents et communs, la liste des problèmes particuliers et différents d’une personne à l’autre est bien plus vaste. Se fier à son expérience personnelle, aussi riche soit-elle, me parait limité. Le risque de faire des parallèles entre son propre vécu et celui du patient ou de la patiente me semble non-négligeable et surtout dangereux. Donc, à prendre avec précaution.

Le praticien ou la praticienne a fait une spécialisation « HP/Zèbres »

Alors d’après mes différents interlocuteurs, il n’existe pas de spécialisation orientée vers les surdoués dans les facultés de psychologie. Déjà que c’est compliqué de se spécialiser en thérapie cognitive et comportementale (qui pourrait séduire un vaste public), on peut comprendre que cela soit encore plus difficile d’investir dans une patientèle qui ne présente que quelques pourcents de la population. C’est sûr que c’est injuste, mais, souvent, les choses fonctionnent ainsi.

Cependant, il existe des formations spécialisées qualifiantes données par des organismes et des cliniques de psychologie. Que valent ces formations? Je ne peux rien affirmer. J’ai appelé une clinique connue pour me renseigner et ai appris qu’ils proposent des programmes de diagnostic et prise en charge pour les niveaux Master 2 en psychologie. J’ai trouvé cela passionnant jusqu’au moment ou l’on m’a dit que c’étaient des formations de 14h sur deux jours. Ça me semble vraiment vraiment très léger pour des sujets présentés comme complexes et variés. C’est mieux que rien, certes, mais quand on travail sur l’esprit et le mental des gens, je prends le parti qu’une certaine rigueur et une qualité solide d’intervention sont nécessaires.

Il existe aussi des formations proposées aux praticiens tels que sophrologues, coaches et autres…. et je préfère ne pas en parler ….

La patientèle/clientèle du praticien ou de la praticienne est principalement composée de NEWYW

Même si cela peut-être imparfait, étrangement, je pense qu’une personne qui a un bon esprit d’analyse peut corréler ce qu’elle voit chez plusieurs patients (à condition d’avoir un échantillon varié) pour développer une méthodologie de prise en charge adaptée. Néanmoins, je considère que la qualité du thérapeute sera tributaire de la diversité des cas qu’il traite en temps normal et de sa capacité à s’adapter et analyser chaque nouveau cas sans être tenté de calquer systématiquement des recettes qui fonctionnent souvent pour d’autres.

…alors que…

Autant être sincère, je ne suis clairement pas convaincu par toutes ces spécialisations HP/Zèbres/Surdoués (je peux pas écrire NEWYW parce que c’est limité à ce blog 😋 ). « Mais t’es qui toi, pour donner une tel avis? » me demanderont certain.e.s. Il auront bien raison, d’ailleurs. Et bien la réponse est simple : un NEWYW qui a été testé bien avant toute cette mode et qui n’a appris et compris que sur le tard les implications de sa douances et des problématiques que cela représentait dans sa vie. Je suis aussi un NEWYW qui pris dans un enchainement d’accidents de la vie et décidé de se prendre en main, d’entamer une thérapie et un dur travail sur lui afin d’être bien dans sa vie et, surtout de bien vivre ses particularités.

Je ne jetterai jamais la pierre aux différents NEWYW qui se découvrent qui pensent que leur spécificité nécessitent une prise en charge particulière. J’y suis passé moi aussi. Mais à l’époque, il n’existait pas de thérapeutes spécialisés pour les NEWYW (surtout que je vivais à l’étranger). Et c’est probablement ce qui m’a le plus aidé. Après deux séances à littéralement bassiner ma psychologue avec mes découvertes sur la douance et comment cela avait pu affecter ma vie passée, elle m’a gentiment remis les idées en place en me disant ceci :  » Oubliez ces histoires de surdoués. D’ailleurs, je n’y connais rien. Et même si j’y connaissais quelque chose, ce n’est pas cela qui vous aidera car c’est à vous de travailler sur vous pour aller mieux. Je suis juste là pour vous guider. »

… cela n’est peut-être pas nécessaire.

Cela m’a, certes, mis un sacré coup sur le moment. Mais après réflexion, j’ai compris qu’elle avait entièrement raison. D’abord, parce que ce n’est pas au thérapeute de régler nos problèmes, mais à nous. Ensuite, parce que la plupart des solutions doivent venir de nous. Enfin, et ce n’est pas le moindre, parce que NEWYW ou pas, nos difficultés ne sont guère différentes de celles des autres. Une dépression reste une dépression. L’anxiété reste l’anxiété. Le mal de vivre reste le mal de vivre. Le sentiment de décalage n’est pas l’apanage des Zèbres ou des Hauts Potentiels, dans de nombreux contextes (immigration par exemple) peuvent éprouver un décalage très sévère. Or, chacune de ses problématiques ont des solutions éprouvées.

C’est sur que le décalage éprouvé par les HP très tôt dans leur enfance n’est pas le même que celui d’un migrant fraichement arrivé. Pourtant, les mécanismes mentaux et comportementaux qui sont derrière sont très similaires. Ce que je veux dire, et cela n’implique que moi et n’a aucune valeur médicale ou scientifique, c’est que souvent, les méthodes existent et fonctionnent. Il me semble juste de rigueur de prendre le temps d’utiliser son intelligence pour comprendre et accepter que nos spécificités ne nécessitent pas forcément un traitement spécial. Ensuite, prendre en compte que cette même intelligence peut, et doit, servir à adapter les dites méthodes à nos particularités. Certes, c’est plus de travail, mais c’est un travail que je trouve à la fois valorisant, constructif et surtout durable.

Bref. Je ne peux pas aller contre le désir de certains de vouloir consulter des praticiens « spécialiser ». Je ne dénigre pas leur choix de le faire, car il n’appartient qu’à eux. Mais cela me tenait à coeur d’écrire que parfois, les solutions sont juste sous nos yeux… et qu’il est facile de vouloir se compliquer les choses.

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